C’est une conversation matinale, au moment d’arriver à la rédaction de La Vie, il y a quelques jours. Sophie Lebrun et moi nous croisons, et, une fois n’est pas coutume, évoquons la situation du journal et des Amis de La Vie. Nous convenons que l’avenir conserve sa forme usuelle de point d’interrogation ; cependant Sophie ose une véritable prophétie : dans un environnement où les conflits s’étendent et s’intensifient, les lieux ouverts, de dialogue et de paix, deviennent indispensables. Ils vont mécaniquement trouver (ou retrouver) leur fonction de phares.

Les phares du dialogue et de la paix ? Lorsqu’on ne se sent pas menacé, qu’il fait grand jour, leur lumière est pâle et on peut questionner leur utilité. De fait, c’est la nuit que les phares sont nécessaires. Que le ciel s’assombrisse, que la menace se précise, que les drones se rapprochent et que la liberté de parole voire de pensée commence à se restreindre – notamment en raison de logiques capitalistiques qui font d’un titre de presse un actif comme un autre -, d’un coup, nous voyons clair : la valeur de La Vie, titre indépendant, et de son association de lecteurs – lieu de débats libres – apparaît.

Le philosophe Patrick Viveret donne du mot « valeur » une définition dynamique et intéressante : une valeur, explique-t-il, est une force de vie. Elle permet la croissance d’un organisme qui bénéficie à tout son environnement. Par extension, ce qui a « de la valeur » porte la vie et l’apporte alentour. Quelle vie porte et apporte donc notre association ? C’est en répondant à cette question que nous trouverons les meilleurs arguments pour amener d’autres à y adhérer.

Pas plus en 2026 qu’en 2025 il ne s’agit pour nous de « faire du chiffre » ni d’afficher des performances, mais bien de donner en partage ce que nous vivons et qui bénéficie à la société tout entière : un débat à Saint-Omer ou Bergerac, ce n’est pas rien. Si vous ne l’aviez pas organisé, qui d’autre l’aurait fait ? Éclairer d’un peu d’espérance des situations désespérantes, ce n’est pas nul. Si vous ne le faisiez pas, qui d’autre le ferait ? L’espérance, évidemment, arrête ma plume. Elle est, nous dit Charles Péguy, cette « toute petite fille de rien du tout » qui « voit ce qui n’est pas encore et qui sera », dont nous avons tous urgemment besoin, pour ne pas rester le nez collé à la vitre souvent glacée d’une actualité angoissante.

Ainsi, sans toujours le savoir, ce que nous faisons aux Amis de La Vie répond à une nécessité vitale.

Voilà qui rend indispensable de maintenir notre structure pour porter nos actions. Nous savons pertinemment que nous évoluons dans un contexte difficile, qui exige que nous changions en temps réel de formats, de moyens et de pratiques. Jusque là, nous y sommes parvenus. Continuons. Adhérons à l’association. C’est à ce prix que brillera notre lumière. Et invitons à adhérer : elle brillera encore plus.

Julien Motte

Directeur des Amis de La Vie