Crédit photo : © Stéphane Grangier pour La Vie

Tic-tac, tic-tac… La grande affaire de l’année, pour notre magazine comme pour son association des lecteurs, semble décidément être une question de temps. Ce temps dont le découpage minutieux occupe tellement de place dans nos vies. Il est d’ailleurs frappant que tant de verbes que nous utilisons pour qualifier notre propre rapport à cette donnée sur laquelle (soyons honnêtes) nous avons si peu prise relèvent d’une vision possessive, quasi-capitalistique : le temps, on l’a ou on ne l’a pas, on le prend, on le gagne, on le perd – et, dans le meilleur des cas, on en donne. La réalité de l’expérience humaine, pourtant, est toute autre : le temps nous tient bien plus que nous ne le maîtrisons. Il passe, et nous avec, emportés par son cours.

Mais peut-être avons-nous à revoir notre façon d’être au temps, et à le considérer comme un élément de cette Création que nous avons si longtemps cru pouvoir « remplir et soumettre » avant de la redécouvrir comme une maison commune à habiter. Habiter le temps : pourquoi pas ? À une époque où tout va toujours plus vite, c’est aussi une hygiène de vie et d’esprit que de réapprendre à faire le tri dans le flux incessant du monde, pour ne pas le laisser complètement nous étouffer.

C’est en partie ce qui a conduit la rédaction de La Vie à repenser la périodicité du magazine. Dans un paysage médiatique profondément changé, radicalement accéléré (on ne parle plus des « nouvelles » mais de « l’info en continu »), où les hebdomadaires ne semblent plus avoir tout à fait leur place – créant au passage une difficulté économique pressante… –, il y avait au fond deux choix possible : continuer de courir, à bout de souffle, ou ralentir pour préserver ce qui nous semblait l’essentiel : la qualité du travail journalistique et la richesse du contenu. Nous avons, au fond, cette conviction un rien paradoxale : et si « prendre son temps » était une façon d’être encore davantage « de son temps » ? Il y a là en tout cas une volonté de se réapproprier un espace de vie et de réflexion, plutôt que de toujours poursuivre les événements (au risque de ne plus savoir les distinguer).

C’est ainsi que le magazine a fait sa mue dans un nouveau rythme dit « quinzomadaire ». Le temps, qui jamais ne « suspend son vol », dira si le pari était le bon. Mais déjà, saluons la formidable fidélité amicale de nos abonnés, qui nous ont envoyé bien plus de messages de soutien que de reproches ! Sans doute est-ce aussi le signe d’une relation de confiance bâtie… dans la durée. Et il y a encore un beau signe de « communion » – si vous me permettez l’expression – dans le fait qu’au même moment les Amis de La Vie aient choisi de réfléchir pour leur université à cette question du temps long. Conviction partagée, sans doute, qu’à une époque qui érige la course en valeur (course à l’info, course au profit, course à pied…), il reste quelque vertu à se hâter avec lenteur, « aller son train de sénateur » avec constance et persévérance. Tiens, on pourrait presque en faire une fable !

Aymeric Christensen

Directeur de la rédaction de La Vie