La barre semblait placée très haut. Trop ? Pendant un moment, il nous est apparu difficile de vous réunir suffisamment nombreux pour apprendre et échanger sur le thème du «temps long», lors de la 24ème université des Amis de La Vie. Ses résonances philosophiques pouvaient en effet refroidir les ardeurs.

Et pourtant, lectrices et lecteurs ardents, vous êtes venus nombreux, très nombreux au Croisic pour aborder cette question pendant quatre jours : nous étions 260, soit 35 % des membres de notre association !

A vrai dire, si la capacité hôtelière du Port aux Rocs, le domaine qui accueillait notre université, l’avait permis, nous aurions été encore davantage…

Dans notre monde accéléré, empressé, il vous a donc plu de découvrir la valeur du temps long. Les échos de cette université montrent qu’effectivement, l’empressement généralisé nous perturbe tous. Comprendre les ressorts de ce phénomène, sur la base des analyses d’Hartmut Rosa et avec les éclairages de Nathanaël Wallenhorst, nous a ensuite permis de regarder autrement le temps, et de montrer qu’on peut l’habiter de manière beaucoup plus sereine, paisible, et par là-même humaine.

A cet égard, c’est le témoignage de Pierre Guéno, jeune maraîcher de Saint-André-les-Eaux qui a le plus convaincu. Pierre est venu nous présenter le concept de robustesse, développé et popularisé par le biologiste Olivier Hamant. Le monde stable qui a caractérisé les 30 Glorieuses (que Pierre Guéno réduit en fait à 15 ans, de 1960 à 1975) a roulé sur la performance, combinant efficacité et efficience. Cela a amené à une compétition toujours plus féroce, dont on connaît les méfaits : écosystèmes ravagés, sociétés hyper-tendues, rapports humains dégradés…Le « burn out » – l’épuisement- caractérise tous les segments de l’existence moderne.

Comment en sortir ? C’est le vivant qui peut nous instruire utilement : il prospère notamment par l’incohérence apparente, l’incertitude, l’hétérogénéité et….la lenteur ! Voilà le secret de sa robustesse, qui peut inspirer nos vies et nos sociétés : coopération, concertation, modération, agro-écologie, durabilité sont quelques unes des pistes déjà à l’œuvre ici ou là et qui, à bas bruit il est vrai, nous font progresser vers un horizon désirable.

On mesure l’effort de bascule à réaliser pour atteindre de tels objectifs. Cependant, si tout cela n’était qu’aimable théorie, il est acquis que Pierre Guéno n’aurait pas emporté l’adhésion de la salle au Croisic. Mais c’est bien parce qu’il la met en pratique, dans son exploitation maraîchère et dans sa vie, que nous avons pu l’écouter et le croire.

Agissons autant que nous pouvons. Pour le reste, Dieu veille, encourage, patiente et bénit, comme l’a si bien montré la bibliste Anne-Marie Pelletier.

Nous avons ainsi quitté le Croisic avec plus de souffle que nous y étions arrivés. N’est-ce pas le but de nos universités ?

 

Julien Motte

Directeur des Amis de La Vie